La recherche empirique, c’est la pédagogie par la preuve. Il aura fallu une décennie de cheminement pour passer de la « preuve de concept » de la valeur des coopérations territoriales à son déploiement par irrigation au « 1er kilomètre » des besoins, des ressources et des envies d’engagement. Après le lancement du vadémécum « Agir ensemble en Territoire » la semaine dernière, le Congrès Annuel des Pays & PETR (CAPP 2026) est l’occasion d’en partager les fruits.
La publication du vadémécum « Agir ensemble en Territoire » le 17 septembre dernier a été l’occasion d’une nouvelle démonstration des impacts des alliances d’intérêt général. Le mouvement de co-construction qui s’accélère au cœur des Territoires produit de la performance, de l’innovation et de la confiance. Après les Rencontres Nationales de la Coopération Territoriale en juillet, les Rencontres Nationales de la Transition Ecologique dans les territoires en ont fait la pédagogie (cf. article « Coopérations innovantes : la preuve par 4 ! »). En ces 24 et 25 septembre, le Congrès de l’ANPP-Territoires de Projet « Faire récit, faire territoire : du local vécu au Projet politique » est une parfaite occasion d’en partager les fruits.
Pour bien comprendre la valeur du vadémécum, il faut rappeler qu’il vient conclure le programme 2024-2026 « Réussir ensemble la territorialisation des transitions », et plus largement une décennie de recherche empirique sur la co-construction territoriale depuis la publication du référentiel dédié en 2016. Retraçons le chemin parcouru :
2016 – La preuve de concept : Après la publication du rapport « Intérêt général : nouveaux enjeux, nouvelles alliances, nouvelle gouvernance » l’année précédente, le référentiel « Co-construction territoriale » vient proposer un mode opératoire pour piloter l’intérêt général au « 1er kilomètre » des besoins, des ressources et des envies d’engagement. Après une première décennie d’expérimentations fructueuses, cette approche pragmatique des Territoires les présente comme des espaces de « l’intérêt général à portée de main » qui permettent à chacun de trouver sa « juste place », et de contribuer activement aux transitions. L‘objectif est de se mobiliser avec les autres profils d’acteurs de son écosystème pour inventer ensemble ce qu’aucun ne peut faire seul. Cette démarche apprenante incarne en pratique le 17ème Objectif de Développement Durable. Lancé au Conseil économique, social et environnemental sous le Haut patronage du Président de la République, le référentiel ouvre alors une seconde décennie de recherche sur la manière de rendre opérante cette démarche, quels que soient le profil d’acteur, le domaine d’action et l’échelon territorial, en tenant compte de la maturité individuelle et collective de chacun. Vaste programme…
S’engage alors un travail de recherche empirique sur l’émergence d’une 3ème ingénierie locale : celle de la « catalyse territoriale ». Cette dernière fait le lien entre les « 3 corps » du mouvement de co-construction du bien commun : le « corps physique » de l’engagement individuel, le « corps social » des projets des organisations publiques & privées, et le « corps sociétal » des Territoires, lieux d’articulation des 3 corps en mouvement.
2019 – De la preuve de concept à l’AMM[1] : Alors que les caractéristiques de cette nouvelle ingénierie de proximité est qualifiée, mesurée et illustrée, notamment chaque année depuis 2015 par les Rencontres annuelles des pionniers des alliances en Territoire, le Réseau des 350 catalyseurs territoriaux se transforme en 2019. D’une association de fait, il devient association de droit. Il est alors temps de passer à une nouvelle étape. Le lancement de la préfiguration de la Fondation des Territoires l’année précédente en donne une occasion avec le programme 2019-2024 « Chef de projet innovation territoriale ». Comment les Collectivités territoriales des « petits & moyens territoires » pilotent-elles les transitions ? Tel est alors l’objet de la recherche empirique. L’hypothèse est que l’effet de taille qui a été démontré une décennie plus tôt sur les acteurs économiques (cf. programme 2009-2014 « RSE & partenariats des PME ») est aussi structurant à l’échelle des Territoires. Au moment où l’Observatoire des partenariats mène son étude d’impact sur le faire alliance en France à l’échelle des 13 régions métropolitaines, il est nécessaire d’en vérifier l’effet effectif à l’échelle locale. Le cahier de recherche « ODD 17 : quelles trajectoires territoriales ? » viendra conclure en 2024 ce cycle de recherche en confirmant le double effet de taille des « corps sociaux » (les organisations) et des « corps sociétaux » (les Territoires) pour conduire le changement, et plus largement pour piloter l’intérêt général en tenant compte du « 1er kilomètre » des réalités locales.
2024 – De l’AMM au déploiement : nous sommes alors à « mi-chemin » de la capacité à déployer un « traitement de choc » pour accélérer les transitions en se mobilisant à l’échelle d’un Territoire pour inventer ensemble ce qu’aucun ne peut faire seul. Il convient alors d’étudier la diversité des situations pour adapter le traitement selon la situation de chacun. Il ne s’agit pas en effet de produire une « boite à outils » universelle, mais bien d’équiper les Territoires en fonction de leurs spécificités, de leurs objectifs, et plus encore de leur maturité. Pour prendre une comparaison, déployer la méthode « Agir ensemble en Territoire », c’est comme être guide de montagne : il faut orienter vers la piste verte, bleue, rouge ou noire selon la pratique du skieur. Se tromper de piste, c’est assurément prendre le risque d’être mal équiper. En matière de coopérations stratégiques, et plus encore d’alliance d’intérêt général, il s’agit d’une impasse assurée… Il fallait donc encore patienter pour pouvoir mesurer la maturité réelle des Territoires, alchimie propre à chacun d’eux en fonction de l’articulation des « 3 corps en mouvement » : les acteurs engagés, les organisations publiques & privées en présence et la culture & la fragilité du Territoire concerné. Ce fut le sens du programme 2024-2026 « Réussir ensemble la territorialisation des transitions ».
Piloté par le Fonds ODD 17 avec 81 écosystèmes territoriaux représentatifs de la diversité des situations, ce programme fut mené en partenariat avec l’ADEME, AG2R LA MONDIALE, le Fonds de Développement de la Vie Associative (FDVA), et l’Institut pour la Recherche de la Caisse des Dépôts. Après l’évaluation du programme cet été, la publication du vadémécum « Agir ensemble en Territoire » vient en conclure ce cheminement, et proposer des solutions d’équipement adaptées à chacune des maturités territoriales.
C’est ce cheminement de deux décennies de recherche empirique que Le RAMEAU aura le plaisir de partager aujourd’hui lors de l’Atelier « Coopérations & Mutualisations » qu’il anime au Congrès de l’ANPP-Territoires de Projet.
Cette démarche apprenante s’inscrit dans la programmation 2026 « Les 4 saisons des Territoires » dont l’objectif est d’armer les Territoires pour les 7 prochaines années dans le cadre du nouveau mandat local 2026-2033.
Après la publication de la cartographie des MEDOC des transitions, le 9 avril dernier lors du 6ème séminaire de recherche sur la Co-construction du bien commun, la publication du vadémécum est venue conclure la 2ème « saison des Territoires » qui avait pour thème « Innover en Territoire ». La 3ème saison – « Coopérer efficacement » – est déjà largement engagée. Après la 3ème promotion du parcours expérientiel éponyme suivi par 85 participants, le Congrès de l’ANPP – Territoires de Projet marque une nouvelle étape vers la publication du guide pratique « Impacts & Trajectoires socio-économiques ». Il viendra conclure cette 3ème saison le 15 octobre prochain à l’occasion du Festival GREAT du Réseau Alliances.
Affaire à suivre donc… et d’ici-là, explorez les enseignements du vadémécum « Agir ensemble en Territoire ». Cela vous permettra d’identifier les Repères qui peuvent vous être utiles pour votre propre trajectoire d’actions. Alors, bonne (re)découverte de votre valeur, et de votre capacité à être un contributeur actif pour relever nos défis communs !
[1] L’AMM est un terme utilisé dans le chemin du médicament : il caractérise l’Autorisation de Mise sur le Marché, autrement dit le moment où l’institution reconnait la valeur du médicament après en avoir contrôlé l’efficacité thérapeutique, la faisabilité technique et l’innocuité des effets induits. C’est un chemin sur 10 ans, notamment pour vérifier que le traitement n’a pas d’effets induits pire que le mal qu’il soigne.