MIEUX COMMUN : L’ESR A L’HONNEUR !

Le Prix pour le mieux commun a récompensé deux établissements d’Enseignement Supérieur et de la Recherche (ESR) le 28 mai dernier. Qui sont-ils, et pourquoi est-il aussi important de valoriser ces engagements ?

Les « Jeudis de l’ODD 17 » ont rendu hommage hier à la COMUE de Toulouse et à Paris Cité (cf. Jeudi du 4/06 « Cap 2033 : compétences, coopérations et trajectoires »). L’occasion de les présenter et d’éclairer les enjeux du Prix pour le mieux commun FNCAS – Association Prévention MAIF, soutenu par Le RAMEAU.

Qui est à l’origine de cette distinction du « Mieux commun » ?

La FNCAS fête en 2026 ses 50 ans. C’est ainsi un demi-siècle d’accompagnement des Etablissements d’Enseignement Supérieur et de la Recherche (ESR) qui permet de mesurer aujourd’hui concrètement le chemin parcouru, et la valeur intrinsèque de la Responsabilité Sociétale des Etablissements (RSE). Cet engagement se situe bien avant le concept de Responsabilité Sociétale des Entreprises qui a émergé à la fin des années 90, a été modélisé en Europe, et a donné lieu en France à la 1ère règlementation européenne en 2001 avec la loi Nouvelles Régulations Economiques (NRE). Il est intéressant de souligner aussi que les Etablissements n’ont pas attendu la loi de 2007 relative aux libertés et aux responsabilités des universités pour s’engager concrètement. L’Action sociale des acteurs académiques faisait déjà partie des pratiques courantes. Si la lettre de la Loi en a accéléré le développement, l’esprit de cette dernière est au cœur même de l’action de l’ESR. Comme les autres acteurs publics et privés, ces pratiques ont façonné progressivement, sans souvent le conscientiser, les évolutions de nos modèles organisationnelles. Les lois ont donné un Cap et un cadre communs, incitant chacun à aller le plus loin possible dans sa contribution à nos défis communs, mais l’Action même des organisations génèrent des liens qui implicitement créent de la valeur en « Commun(s) ». C’est en cela que la RSE ancrée et incarnée précède les règles et les normes.

Nos organisations publiques et privées sont avant tout des corps sociaux au sein desquels les femmes et les hommes qui les composent définissent eux-mêmes les rites et les rythmes des projets qui leur permettent d’accomplir ensemble ce qu’aucun ne pourrait faire seul. C’est en cela qu’elles sont un « corps intermédiaire » entre l’engagement de chacun d’entre nous et notre capacité collective à « Faire Société ». Nous sommes bien loin des définitions normatives des « organisations » et des « corps intermédiaires » que des analyses mécanistes ont trop souvent réduit à un métavers organisationnel ; alors qu’elles sont en fait le cœur vivant de notre capacité à vivre ensemble. C’est bien connu, « lorsque le Sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt » … n’est-ce pas ce que nous avons fait depuis 50 ans dans nos analyses de notre système de gestion de nos organisations… tandis que la FNCAS tentait quant à elle de faire connaitre et reconnaitre la valeur intrinsèque de ce « corps en mouvement » que sont nos Etablissements ?

Avant qu’il ne devienne normatif, c’est le « bon sens » de l’ancrage de tout corps social dans son écosystème qui guidait cet engagement territorialisé. De même qu’une plante a besoin de son terroir – qui la façonne autant qu’elle l’enrichit -, nos corps sociaux ainsi redéfinis vivent au rythme des mouvements qu’ils créent, mais aussi des liens avec leurs parties prenantes et les autres acteurs de leur Territoire d’implantation. C’est ce rythme biologique, marqué par nos forces et fragilités humaines, qui définit notre capacité à répondre à nos défis communs. Ce mouvement naturel a toujours été dans l’Histoire source d’innovation sans que cela ne soit nécessairement conscientisé. Êtres de chair et de sang, c’est l’espace-temps dans lequel nous vivons qui nous construit… et nous donne les moteurs de l’engagement qui nous grandissent.

Conscient de l’importance aujourd’hui de valoriser ces pratiques innovantes d’engagement, la FNCAS a créé en 2021 le Prix pour le mieux commun, avec l’Association Prévention MAIF. Aux côtés de cette Fédération « pionnière » dans la reconnaissance de l’engagement, qui de mieux placé pour faire la pédagogie de l’enjeu stratégique de valoriser la RSE des acteurs académiques ? Cette association, qui nous rappelle la valeur de la prévention, a pour racine la mutualisation des moyens pour répondre aux défis communs des enseignants. Dès 1934 en effet, la Mutuelle d’Assurance Automobile des Instituteurs de France (Maaif) a été créée au Café du Maronier à Fontenay-le-Comte en Vendée. Elle comptait alors déjà 301 adhérents… de quoi créer un Mouvement durable à fort impact ! C’est donc naturellement qu’en 1980, la MAIF créé une association pour nous inviter à une Prévention active de nos défis communs.

La FNCAS et l’Association Prévention MAIF nous invitent aujourd’hui à prendre conscience de la valeur du temps long. L’épreuve et les preuves du temps sont en effet les seules garantes de la valeur et des impacts des innovations. Il faut 21 jours de gestation pour une souris qui va vite, mais 24 mois pour un éléphant qui va loin… et dans l’univers du vivant, avec 9 mois de gestation, nous nous plaçons entre les deux. Notre impatience à vouloir « tout, tout de suite » nous rend souvent aveugle des solutions justes et durables qui naissent juste à côté de nous. Nous sommes plus sensibles au « bruit de l’arbre qui tombe plutôt qu’à celui de la forêt qui pousse ». Qui donc de mieux placé que ces deux partenaires pour évaluer sereinement et efficacement l’impact concret de l’engagement de nos établissements de l’ESR ?

Le RAMEAU, jeune laboratoire de recherche empirique de 20 ans seulement, a été très honoré d’être invité en 2026 à être partenaire de la 5ème édition du Prix du mieux commun. C’est avec joie que les 21 dossiers de candidatures ont été analysées. C’est avec passion qu’ils ont été défendus entre les membres du Jury, suscitant des débats tant leurs qualités étaient grandes. Illustrant parfaitement la pluralité des engagements et des maturités, c’est après une féconde réflexion en « Commun(s) » que deux primus inter pares ont ainsi pu être choisis pour incarner la Promotion 2026 du Prix du mieux commun, l’un comme lauréat, l’autre comme encouragement dans une démarche inspirante qui ne manquera pas d’être source de liens féconds. Ils ont tous deux été honorés le 28 mai dernier au Ministère de l’ESR.

Bravo à la COMUE de Toulouse et à Paris Cité !

Le jury a attribué le Prix du Mieux Commun à la ComUE de Toulouse pour son festival « Futurs Proches », et le Prix spécial de l’encouragement a été décerné à l’Université Paris Cité pour son projet « Seul.e en cuisine, ensemble à table ».

Lauréat 2026, le festival « Futurs Proches » illustre la capacité d’un établissement d’enseignement supérieur à mobiliser un territoire autour des transitions. Chercheurs, étudiants, associations, collectivités, acteurs économiques et habitants y sont invités à partager leurs expériences, leurs questionnements et leurs solutions face aux grands défis contemporains. En créant des espaces de dialogue et de coopération entre des acteurs qui n’ont pas toujours l’habitude de travailler ensemble, cette initiative contribue à rapprocher le monde académique et les réalités du terrain. Elle montre comment un établissement peut devenir un véritable lieu de rencontre, d’innovation et de mobilisation collective au service de son territoire.

Le Prix spécial de l’encouragement récompense quant à lui l’Université Paris Cité pour son projet « Seul.e en cuisine, ensemble à table ». À partir d’un constat simple, celui de l’isolement croissant d’une partie des étudiants, le projet développe des espaces de rencontre et de convivialité autour de la préparation et du partage des repas. En associant alimentation, santé, bien-être et participation étudiante, cette démarche apporte une réponse concrète à un besoin quotidien tout en renforçant les liens sociaux au sein de la communauté universitaire. Elle illustre la manière dont des actions de proximité peuvent contribuer à améliorer durablement la qualité de vie étudiante.

Ces deux initiatives témoignent de la diversité des formes d’engagement des établissements d’enseignement supérieur et de recherche. L’une agit à l’échelle d’un territoire en mobilisant un large écosystème d’acteurs ; l’autre répond à une fragilité sociale identifiée au sein de la communauté étudiante. Toutes deux démontrent la capacité des établissements à expérimenter de nouvelles réponses et à contribuer aux dynamiques collectives locales.

Ecoutez le Président de FNCAS en parler lors de l’interview consacré au Prix du mieux commun, le 7 mai dernier :  « 3 questions à… » de Joël GUERVENOU.

Pourquoi est-ce aussi stratégique pour notre Lien commun !

Aux côtés de leurs missions de recherche et d’enseignement, l’engagement territorial des acteurs académiques est aujourd’hui un levier stratégique pour la territorialisation des transitions. Au moment où les nouvelles équipes municipales élaborent leurs trajectoires 2026-2033, ces exemples rappellent que les établissements d’enseignement supérieur et de recherche constituent des partenaires structurants pour les territoires.

Depuis 2017, l’Institut pour la Recherche de la Caisse des Dépôts et Le RAMEAU ont engagé une mobilisation des acteurs académiques autour des enjeux, des défis et des pratiques de co-construction du bien commun[1]. En 2019, cette démarche apprenante a permis de modéliser une approche systémique du pilotage de l’intérêt général, du cap & cadre communs de l’Agenda 2030 des Objectifs de Développement Durable, jusqu’à la contribution respective des écosystèmes territoriaux, des organisations publiques & privées et de l’engagement individuel[2].

L’actualité de cette semaine en donne un exemple inspirant : l’Institut pour la Recherche de la Caisse des Dépôts et Cluster’Jura viennent de publier leur cahier de recherche « L’entrepreneuriat coopératif, un nouveau souffle de développement pour les territoires ».

Le travail en commun a permis de faire avancer le concept de « Commun(s) », et de décrypter les articulations entre ses trois dimensions : la gestion des communs, la co-construction du bien commun, et la (re)découverte de notre Lien commun[3].

Ce travail s’inscrit dans la dynamique engagée en 2016 avec la publication du livre « Bien commun : vers la fin des arrogances[4] ». La Fondation pour la Co-construction du bien commun créée à cette occasion a pour objectif de « prendre soin de ceux qui prennent soin » de notre Lien commun, et de valoriser les Territoires, les projets et les personnalités qui incarnent les trajectoires justes et durables pour répondre à nos défis communs. Pour nourrir la réflexion et pEnser le monde de demain, mais aussi pour agir sur nos fragilités et pAnser celui d’aujourd’hui, les « éclaireurs 2030 » sont valorisés tous les deux ans. Leur capacité à nous éclairer dans nos chemins de transformation est un levier puissant d’engagement. Il manquait à cette distinction une attention particulière aux acteurs académiques qui sont les garants de nos Savoirs et de leur transmission. Grâce à FNCAS qui a impulsé le Prix du mieux commun pour les acteurs de l’ESR, c’est maintenant chose faite. La Fondation est fière et heureux qu’elle intègre son Conseil scientifique.

Territoires, projets, engagements personnels et garants de nos savoirs communs, sont maintenant caractérisés et valorisés tous les leviers cardinaux de l’Agir en « Commun(s) » au « 1er kilomètre » de nos besoins, de nos ressources et de nos envies d’engagement. Ils viennent s’ajouter à ceux déjà bien connus et documentés des forces du changement pour une transformation féconde et durable. Comme l’intérêt général, le « Commun » est toujours un plus ; c’est en cela qu’il répond à l’équation insolvable 1+1 = 3… que nous connaissons bien au sein de nos écosystèmes intimes sans souvent en percevoir la pleine valeur lorsqu’il s’agit de notre action collective.

Au-delà des acteurs de l’ESR, qui seront les autres « éclaireurs 2030 » ? Le Conseil scientifique de la Fondation pour la Co-construction du bien commun en débattra le 8 septembre, et vous le saurez dès le 17 novembre prochain (cf. article « Qui seront les « éclaireurs » en 2026 ? »).

D’ici-là, n’attendez pas, inscrivez-vous aux Rencontres Nationales de la Coopération Territoriale du 7 juillet. Vous pourrez y entendre Joël GUERVENOU, le Président de FNCAS, partager les enseignements du Prix du mieux commun 2026… et surtout, ne manquez pas de féliciter la COMUE de Toulouse et Paris Cité pour leurs engagements respectifs. Ils éclairent la valeur du « faire alliance », et nous invite concrètement à faire le « Pari de la confiance » de notre capacité collective à (ré)inventer notre Avenir… en « Commun(s) » !

[1] Voir note de synthèse des travaux communs Institut pour la Recherche de la Caisse des Dépôts & Le RAMEAU  (juin 2026)

[2] Voir cahier de recherche « ODD 17 : les impacts du faire alliance en France » (Institut pour la Recherche de la Caisse des Dépôts & Le RAMEAU, mars 2022)

[3] Livre « Commun(s) » : discours sur la méthode – vers le Pari de la confiance (Editions Le RAMEAU, Fondation pour la Co-construction du bien commun, octobre 2023)

[4] Livre « Bien commun : vers la fin des arrogances » (Editions Dalloz, collection JURIS Associations, coordonné par CB. HEIDSIECK, décembre 2016)