La Fondation des Territoires invite à « créer de la valeur en Commun(s) », le Réseau des catalyseurs territoriaux incite les Territoires à en rendre compte le 1er juillet prochain. Mais de quel(s) impact(s) parlons-nous ?
La prise de position annuelle de la Fondation des Territoires du 14 juin est claire : la coopération territoriale est un levier stratégique pour réussir les transitions ! Le programme de la 11ème Rencontre des pionniers des alliances en Territoire du 1er juillet l’est tout autant : il convient d’être à l’écoute des Territoires, d’Agir AVEC eux et non pas pour eux…
« Tout ce qui brille n’est pas or ! ». Les études d’impact sont devenues en quelques années ce que les selfies sont à la photo. Alors qu’elles étaient faites initialement pour valoriser les projet d’intérêt général, elles sont progressivement devenues des outils d’autopromotion, voire d’autojustification. En photo, c’est pareil ! Il y a dix ans, ce sont les paysages qui étaient photographiés. Aujourd’hui, on instrumentalise les paysages pour se mettre en valeur…
Il faut toujours se méfier des effets de mode. Derrière une réalité très concrète « sous les radars » et un potentiel de valeur à défricher, se cache souvent une multitude de faux-semblants. Pour le comprendre, revenons à la racine des questions sur « l’impact » en France…
Qui se souvient des racines de la notion d’impact des années 2008/2010 ?
C’est la Fondation RATP, sous l’impulsion de Florence RODET, qui a été l’une des premières en France à vouloir modéliser un outil d’évaluation à la hauteur des enjeux d’intérêt général portés par la philanthropie, aux côtés du financement public. Avec un chercheur du CNRS, une approche innovante a alors été développée, puis testée avec d’autres fondations.
Prenant compte de la valeur de ce « signal faible », la Fondation RATP a proposé à l’IMS (NDLR- devenu depuis Les Entreprises pour la Citée) de lancer un groupe de travail pour qualifier collectivement les défis d’une évaluation d’impact qui soit réellement à la hauteur des défis en « Commun(s) », et non pas seulement un reporting ou une simple mise en valeur du projet soutenu. Les travaux précurseurs de l’AVISE d’un côté et de l’ESSEC de l’autre ont été mis en débat, et les complémentarités entre les différentes approches vite identifiées. Ils ont été conduits sous l’égide de Gabrielle GUEYE qui depuis a créé le Cabinet Révélateur de Richesses Immatérielles (RII). Le Communiqué de presse de l’IMS de février 2010 rappelle bien le côté très avant-gardiste d’un sujet qui n’était encore alors qu’un « signal faible ».
Le contexte des conclusions du Grenelle de l’insertion en 2008 a permis de donner de l’ampleur au sujet, trouvant là un terrain applicatif d’autant plus stratégique que l’emploi était alors au cœur des débats. L’Etat se questionnait aussi sur le DUE – Document Unique d’Evaluation, et parmi les trois pilotes territoriaux la Table de Cana de Gennevilliers s’était faite sienne la promotion d’une nouvelle forme d’évaluation co-construite avec l’ensemble de la chaine de valeur, en amont et en aval des structures d’insertion par l’activités économiques.
Contributeur actif à ces différents travaux précurseurs, Le RAMEAU a publié l’année suivante, après 7 ans d’expérimentation, son 1er référentiel de recherche empirique sur les partenariats entre associations et entreprises. Le laboratoire de recherche empirique expérimentait alors avec le Groupe La Poste et GDF-SUEZ (NDLR – Devenu depuis ENGIE) sa méthode d’évaluation partenariale systémique publiée en 2015 lors de la publication du référentiel « Modèle d’investisseur sociétal ». Cette dernière fut complétée et actualisée en 2019 avec le référentiel « L’évaluation partenariale en pratiques ».
En parallèle, depuis 2008, l’Observatoire des partenariats suit les convictions et les pratiques d’engagement partenarial des citoyens, des élus locaux, des dirigeants d’entreprises et des responsables associatifs. L’objectif est de décrypter les coopérations qui permettent de répondre ensemble là où aucun ne peut réussir seul. Il ne s’agit pas alors de simples « contrat-échanges », où chacun des partenaires se retrouve dans ce qu’il apporte à l’autre pour répondre à ses propres besoins, mais de véritables « contrat-alliances » où les partenaires inventent ensemble une réponse face à un enjeu et/ou un défi commun. Autrement dit : 1+1 = 3 !
15 ans après où en sommes-nous ? Clarifions la sémantique et le bon sens …
En 2025, nous n’en sommes plus aux prémices… Soyons sérieux, il en faut plus que quelques données et quelques entretiens pour prétendre faire une « étude d’impact ». A titre d’exemple, celle réalisée par l’Observatoire des partenariats entre 2018 et 2022 avec l’Institut pour la Recherche de la Caisse des Dépôts a mobilisé 21 études statistiques représentatives aux différents univers étudiés, et a permis de recenser plus de 1.000 exemples inspirants et de qualifier plus de 350 écosystèmes locaux. Les résultats ont été mis en débat au travers de 7 débats nationaux et 50 territoriaux qui ont impliqué plusieurs milliers de personnes.
Des faits, des chiffres… pas de blablas ni de fausses promesses lorsque l’on prend le risque de faire une étude d’impact… nécessairement systémique ! Soyons sérieux, l’enjeu et le contexte l’exigent. Parlons d’impacts lorsque les moyens sont mis pour en faire une analyse sérieuse, sinon sachons avoir l’humilité de choisir d’autres mots…
Ne nous trompons pas de combat : comme pour la diversité des modes d’actions, la diversité des modes d’évaluation est importante. Il ne s’agit donc pas d’opposer les méthodes, mais d’en articuler les pratiques, en sachant identifier celles qui correspondent vraiment aux besoins.
Mais à quels besoins doit répondre une étude d’impact ? En premier lieu à celui d’éclairer les effets d’une action sur un Territoire donné. C’est bien à l’échelle d’un périmètre mesurable et qualifiable qu’il est possible de rendre compte des effets induits de son action, en référence et en complémentarité avec celles des autres acteurs présents et inter-agissants. En second lieu au projet à impact qui est porté et soutenu, afin qu’il puisse valoriser ses spécificités et rendre compte des effets concrets sur son écosystème, au-delà de la seule mesure de sa performance et de son efficience. Enfin, pour les partenaires publics et privés qui ont permis que l’action à impact puisse se faire. Ils ont eux aussi à rendre des comptes, notamment dans un contexte où la raréfaction des ressources et l’accroissement des fragilités rendent les décisions d’investissement plus complexes et plus stratégiques que jamais…
… mais ne nous trompons pas de combat à nouveau : c’est dans le « bon ordre » Territoire, Projet puis Investisseur à impact qu’il convient de raisonner, et non pas l’inverse comme c’est malheureusement devenu trop souvent le cas !
Comment se repérer dans des contextes de plus en plus complexes ?
Face à ce besoin croissant d’une réelle capacité à valorisation les impacts, mais à un foisonnement de méthodes et outils qui correspondent plus à du « marketing de l’offre » et à une « autojustification » qu’à un travail sérieux, il faut savoir revenir aux fondamentaux.
Le premier d’entre eux est la question pour « quoi faire » ? S’il s’agit « juste » d’un reporting, il est fort à parier qu’une étude d’impact n’est pas nécessaire. En revanche, si c’est pour une stratégie de (ré)investissement à la hauteur des enjeux et des capacités de déploiement, alors « l’(en)jeu en vaut la chandelle » !
Si tel est le cas, il doit y avoir une valorisation dans les deux sens du terme. Il convient non seulement de valoriser au sens « mise en valeur », mais aussi au sens « modèle socio-économiques » et création de valeur en « Commun(s) ».
Si l’enjeu est bien d’inventer entre le Territoire, le Projet et ses Investisseurs un modèle socio-économique de modélisation et/ou de déploiement d’une capacité transformatrice face à nos défis d’aujourd’hui, alors l’évaluation n’est plus un simple outil de reporting, mais une condition de l’Action en Commun(s). Elle contribue à qualifier, mesurer et illustrer les impacts en termes de performance, d’innovation et de confiance. C’est elle qui « justifie » la trajectoire stratégique qui s’inscrit dans le temps long. Tel est bien l’objectif d’une étude d’impact.
Pour qu’elle soit cohérente avec les défis d’aujourd’hui, l’approche doit savoir associer les « praticiens », les acteurs académiques et les institutions publiques et privées.
Trois occasions de faire une démonstration d’impact cette semaine !
Reprenant les conditions qui viennent d’être évoquées, et notamment l’enjeu de (ré)inventer de nouveaux équilibres socio-économiques pour répondre à l’ampleur de nos défis – voire périls – en Commun(s), Le RAMEAU a l’occasion cette semaine d’en faire la démonstration sur chacun des trois leviers de tous modèles socio-économiques : les richesses humaines, les ressources financières et les alliances stratégiques.
Chacune de ces démonstrateurs s’inscrit dans le cadre d’un partenariat stratégique avec des acteurs qui incarnent la force des « praticiens » dans les Territoires, la place des acteurs académiques pour modéliser les pratiques émergentes, et le rôle des institutions pour impulser le changement au travers d’un cadre et d’un cap communs qui en garantissent la valeur.
- Mercredi 18 juin, le RNMA organise les 61ème Rencontres nationales des Maisons des associations. C’est l’occasion de valoriser 15 ans de compagnonnage pour faire connaitre et reconnaitre la valeur de la diversité des richesses humaines, et plus encore de l’ingénierie de proximité pour interagir avec compétences et cohérence. Les Maisons des associations en sont des démonstrateurs du quotidien.
- Jeudi 19 juin, l’IFMA anime le webinaire « Modèles socio-économiques dans le secteur du sport : ici et là-bas ! ». Ce sont les liens entre « praticiens » et « chercheurs » qui seront valorisés au travers d’exemples concrets qui font émerger de nouveaux modèles socio-économiques dans le domaine du sport avec une comparaison internationale. Les travaux de l’IFMA depuis 2019 incarnent cette dynamique de nouveaux dialogues.
- Vendredi 20 juin, dans le cadre du programme européen « Social Impact Manager » copiloté en France par ESS France et Paris 1 Panthéon-Sorbonne, ce sont les impacts des alliances stratégiques qui seront enseignés et partagés avec la soixantaine d’étudiants inscrits dans cette session inaugurale.
Tel un « bouquet final », sera dévoilé en fin de semaine le kit pratique « Management de l’impact sociétal » que Le RAMEAU a modélisé dans le cadre de la plateforme « Piloter l’innovation sociétale : valoriser et développer ses compétences ». Cet outil simple et pragmatique est réalisé en partenariat avec l’ADEME, AGIRC ARRCO, la Caisse des Dépôts et la DJEPVA, chacun incarnant l’articulation des piliers du Développement Durable. Les étudiants du programme européen seront donc les premiers à découvrir cet outil qui fait la synthèse de 19 ans de recherche sur la co-construction du bien commun en France.
A une semaine de son Conseil d’orientation et de son Assemblée Générale, Le RAMEAU souhaite ainsi marquer l’urgence d’accélérer l’apprentissage de la création de la valeur en « Commun(s) ». Comme nous y invitent la Fondation des Territoires et le Réseau des catalyseurs territoriaux, il ne faut pas seulement savoir la créer, il faut aussi apprendre à la transmettre et à « passer le relais » à celles et ceux qui pourront être en mesure de faire ce que soi-même ne saura ou ne pourra pas faire. C’est l’engagement du RAMEAU dans sa trajectoire 2024-2026.
Alors oui, si l’étude d’impact est le moyen d’assurer la prise de relais par d’autres pour s’assurer ensemble que son Action est utile à tous, alors elle devient un véritable levier stratégique au service du Territoire d’implantation de l’Action engagée, du Projet à impact qui la porte et des Investisseurs publics et privés qui en assurent les moyens nécessaires. Dans ce cas, alors oui, Ensemble, cela créé de la valeur en Commun(s) devient possible !