Le Comité de suivi de la démarche prospective « Intérêt général 2050 » de ce 23 mai a été l’occasion pour Le RAMEAU de retracer les résultats de ses travaux de recherche empirique.
Depuis deux décennies, de nouvelles formes d’alliance se développent. Consacrées par le 17ème Objectif de Développement Durable en 2015, elles se traduisent à la fois par de nouvelles manières de piloter l’intérêt général, par l’émergence de nouveaux modèles socio-économiques, et par la Responsabilité Sociétale des Organisations, notamment des entreprises (RSE). Le RAMEAU en décrypte depuis 2006 les enjeux, les pratiques et les impacts afin de permettre à chacun de se situer, de définir des trajectoires pertinentes, et de contribuer à répondre ensemble à l’ampleur des transitions que nous vivons.
Après une relecture politique (cf. article « Transitions : Ensemble, accélérons ! »), stratégique (cf. Article « Transitons : 3 Récits pour Agir VIT-E ») et opérationnel (cf. article « Transitions : Allier numérique & Territoires ») des avancées de la dernière décennie, il est utile pour le laboratoire de recherche empirique de prendre le temps de relire sa propre démarche apprenante dans le contexte de turbulence dans laquelle il se trouve faute d’avoir su convaincre les opérateurs financiers de la robustesse de son modèle socio-économique.
Depuis novembre dernier, au rythme d’un module par mois, Le RAMEAU partage les savoir et savoir-faire issus de ses travaux de recherche empirique. Le 7ème et dernier module de la plateforme « Piloter l’innovation sociétale : valoriser & développer vos compétences » sera mis en ligne le 27 mai prochain. Cette situation est donc l’occasion de s’appliquer à lui-même la « méthode des 3 R » – Relire, Relier et Réinventer – qui caractérise sa démarche de recherche empirique fondée sur le temps long : 7 ans de R&D par programme, et 3 ans de modélisation des résultats pour prototyper les MEDOC – Méthodes, Exemples, Données, Outils et Compétences – qui accélérèrent la conduite du changement en incarnant les Objectifs de développement Durable (ODD).
2025, une année stratégique
A l’occasion du 10ème anniversaire de la signature des ODD, face à l’accroissement des fragilités et à la raréfaction des ressources, l’année 2025 a été placée sous l’objectif : « Créons de la valeur en Commun(s) ». Pour Le RAMEAU, ce millésime se traduit autour de 4 axes :
- Expérimenter de nouveaux modèles – Explorer & Agir : dans la continuité de l’étude d’impact 2018-2022, 3 programmes applicatifs sont pilotés avec des modalités et des temporalités adaptées à chacun des impacts : « Impacts & Trajectoires socio-économiques » pour la performance, « Réussir ensemble la territorialisation des transitions » pour l’innovation et « Jeunes & Territoires 20250 » pour la confiance.
- Produire la connaissance – Partager et déployer : après une phase exploratoire en 2024, un état des lieux et une boussole pour Agir ensemble sont publiés cette année sur chacun des impacts. Performance : après l’étude pour se situer, un rapport et une boussole ont été publiés. Innovation : après le cahier de recherche sur les trajectoires territoriales, le kit pratique « Réussir ensemble les transitions » et la boussole Co-construction territoriale le 12 juin outillent les acteurs locaux. Confiance : après l’étude exploratoire « Jeunes & Territoires 2050 », la boussole « l’ODD 17 en pratiques » sera réactualisée en juin et le rapport « Agir VIT-E » préfigure le référentiel publié le 25 septembre prochain pour proposer un modèle d’évaluation systémique.
- Articuler la puissance du numérique avec l’agilité des Territoires – Accélérer les transitions par l’appropriation des pratiques de coopérations innovantes : faire la pédagogie de l’accès des MEDOC[1] à tous, au travers d’une diversité de formats d’appropriation selon les besoins et la maturité de chacun, est associée à l’animation d’un maillage territorial de proximité. Un socle commun de connaissance, des plateformes d’accompagnement numériques, et l’ingénierie locale de 350 « catalyseurs territoriaux » permettent ainsi de répondre aux besoins qualifiés.
- Accompagner la valorisation des pratiques et la montée en compétences – Co-construire des réponses concrètes, en associant la légitimité institutionnelle et la production du savoir académique avec l’agilité des réseaux d’acteurs de terrain.
Rappel du positionnement et des missions du RAMEAU
Laboratoire d’innovations partenariales créé en 2006 sous statut associatif d’intérêt général, Le RAMEAU est à la fois un observatoire pour qualifier les enjeux et pratiques partenariales, un centre d’expérimentations pour faire émerger de nouveaux modèles, et un lieu de réflexions prospectives afin de déployer des solutions innovantes qui réduisent les fragilités et font émerger de nouveaux équilibres socio-économiques durables. Après 19 ans de recherche empirique, et 5 ans d’étude d’impact du « faire alliance » en France, Le RAMEAU propose d’accélérer le mouvement d’alliance d’intérêt général grâce à ses trois missions : éclairer, innover et transmettre.
Eclairer – De l’état des lieux à l’exploration prospective, Le RAMEAU donne à voir la diversité des pratiques par profils d’acteurs, domaines d’actions et échelons territoriaux. Les données sur le mouvement de co-construction proviennent d’une connaissance observée sur le temps long (minimum 7 ans), qualifiée par des regards croisés entre écosystèmes différents, mesurée par des études statistiques, et illustrée par des exemples inspirants. La preuve en actes : Créé en 2008 avec la Caisse des Dépôts, l’Observatoire des partenariats qualifie les enjeux des coopérations au service du bien commun, identifie les pratiques innovantes et suit l’évolution des dynamiques d’alliances en France.
Innover – à partir des « signaux faibles » captés, Le RAMEAU expérimente de nouveaux modèles. Les recherche-actions permettent de défricher, catalyser et/ou révéler les trajectoires innovantes. Les chemins sont capitalisés, les résultats sont modélisés et les impacts évalués. La preuve en actes : Plus de 500 recherche-actions ont été réalisées avec des acteurs publics et privés représentatifs de la diversité des organisations en France, 120 écosystèmes territoriaux ont ainsi été accompagnés dans leurs dynamiques collectives. Ces démarches apprenantes ont permis de mobiliser 102 M€[2] pour financer plus d’une centaine d’innovations partenariales, dont la moitié territoriales.
Transmettre – Les résultats de la recherche empirique sont librement accessibles à tous au travers de différents formats d’appropriation (publications, modules de formation, transferts de savoir-faire). Le RAMEAU agit avec les institutions, les acteurs académiques et les réseaux de référence afin d’outiller les Territoires et les organisations publiques & privées. La preuve en actes : Création en 2021 de la plateforme de capitalisation ODD17.org pour rendre accessible la connaissance de la diversité des pratiques de coopération en France. Elle est animée de manière hebdomadaire, mensuelle, trimestrielle et annuelle.
La méthode de recherche empirique du RAMEAU est elle-même innovante. Elle consiste à Relire son histoire, à la Relier aux défis communs d’aujourd’hui, afin de définir le(s) axe(s) du modèle à Réinventer pour chacun. Cette méthode des « 3 R » repose sur 3 piliers :
- Une approche écosystémique: le défi principal est de savoir décrypter les enjeux, les pratiques et les interactions entre tous les acteurs (10 profils), dans tous les domaines (16 fragilités), sur tous les territoires (5 échelons).
- La valeur de l’action : la démarche empirique consiste à observer et expérimenter la diversité des modes d’action, non pour en définir le plus performant, mais pour comprendre leurs articulations afin d’être plus pertinent en favorisant leurs interactions.
- L’analyse du temps long: le cycle de R&D du RAMEAU est programmé sur 7 ans. Il est ensuite suivi par 3 ans de modélisation et de prototypages. Cette temporalité décennale permet non seulement de garantir l’efficacité des méthodes, mais aussi d’en connaitre avec précision les impacts dans le temps. Cette démarche apprenante est inspirée du chemin du médicament.
Relire les deux décennies de cheminement de recherche empirique
Phase de « défrichage » (2008-2014) : après avoir pris le temps d’écouter la diversité des perspectives, les premiers programmes de recherche lancés en 2008 avaient pour objectif de comprendre les enjeux et les pratiques de la diversité des profils d’acteurs afin d’identifier la valeur ajoutée des interactions entre eux. La création de l’Observatoire des partenariats marque le début de cette phase. Les créations respectives du Réseau des catalyseurs territoriaux et de l’ADASI en 2014 en marquent la fin. Il s’agissait alors de passer de l’analyse des pratiques à l’accompagnement des démarches émergentes, tant à l’échelon territorial que national, à partir de premiers dispositifs co-construits avec les institutions et les réseaux de référence. 3 enseignements structurent cette période, et fondent la « théorie de l’alliance d’intérêt général » modélisée par Le RAMEAU :
- Le triptyque – Domaines, Acteurs, Territoires – permet de comprendre l’approche systémique nécessaire au pilotage de l’intérêt général dans une période complexe, et permet à chaque acteur de pouvoir se situer dans un écosystème mouvant.
- Les complémentarités entre les acteurs publics, les associations d’intérêt général et les entreprises permettent d’inventer ensemble ce qu’il est impossible de faire seul.
- Les alliances d’intérêt général ont un triple impact : la performance, l’innovation et la confiance. Elles se caractérisent par l’équation 1+1 = 3.
Phase de « catalyse » (2015-2022) : l’accompagnement du mouvement d’alliances qui accélèrent les transitions s’est imposé lors de la signature de l’Agenda 2030 des Objectifs de Développement Durable. Son déploiement a été éclairé dès 2015 avec trois publications :
- Le rapport « intérêt général : nouveaux enjeux, nouvelles alliances, nouvelle gouvernance » explore les modalités pour renouveler le pilotage de l’intérêt général en France en activant un triple levier : la vision partagée, l’action collective transformatrice et la gestion régulatrice.
- Le référentiel « Modèle d’investisseur sociétal » rend compte de la valeur de nouvelles formes d’investissement, d’accompagnement et d’évaluation des projets à fort impact.
- La méthode « Evaluation partenariale » offre un « mi-chemin » entre le bilan de performance et l’étude d’impact telle qu’elle est aujourd’hui pratiquée. Elle positionne l’évaluation comme un levier de conduite du changement et de transformation stratégique, et non plus seulement comme un simple outil de contrôle. Evaluer entre partenaires l’effet de levier de leurs actions est un accélérateur d’impact (1+1=3).
Durant 7 ans, le laboratoire de recherche empirique a capitalisé, modélisé et prototypé de nouvelles méthodes pour Agir ensemble au plus près du « 1er kilomètre » des besoins, des ressources et des envies d’engagement. Cette étape s’est achevée par le bilan des 21 mesures de la mission ministérielle « accélérer les alliances stratégiques » mises en œuvre avec l’Administration centrale, les réseaux de référence et les collectivités territoriales. Elle a été notamment marquée par la proposition de loi d’expérimentation d’un droit d’alliance d’intérêt général en février 2021, ainsi que par la création de la Fondation des Territoires en juin 2022. L’enjeu est alors d’apprendre collectivement à articuler le cap et le cadre communs, avec l’agilité de l’action territoriale.
Phase de « valorisation » (depuis 2023) : le défi est aujourd’hui de révéler la valeur et la frugalité des coopérations territoriales et des alliances d’intérêt général qui accélèrent les transitions. Ce mouvement incarne en pratiques le 17ème Objectif de Développement Durable : Comment faire ensemble ce qu’aucun acteur n’est capable de faire seul ? Ces alliances ne dévalorisent pas la place de chacun ; bien au contraire elles renforcent l’indispensable interaction entre tous afin de mieux piloter la complexité des situations. Cette dynamique concerne et impacte tous les acteurs, dans tous les domaines, sur tous les territoires. Elle se traduit par des effets très concrets sur la performance des organisations publiques & privées, sur l’innovation territoriale & sociétale, ainsi que sur la performance individuelle et collective. Le livre « Commun(s) » : discours de la méthode vers le Pari de la confiance en explicite les enjeux et les modalités.
En pratique, cette nouvelle phase se traduit par trois démarches complémentaires :
- Avec les institutions : du cadre législatif à l’infrastructure du « faire alliance », la co-construction permet d’articuler les légitimités et d’accélérer le mouvement d’alliances qui favorisent un renouvellement des modes de pilotage de l’intérêt général. Le Récit « La place des Territoires dans les transitions » en résume les enjeux.
- Avec les acteurs de terrain : la stratégie « Numérique & Territoires » permet d’accélérer les innovations en associant la puissance du numérique à l’ingénierie de proximité pour élaborer, piloter et évaluer des innovations sociétales qui mobilisent les talents et les engagements de chacun. Le Récit « Vers de nouveaux modèles de performance, d’innovation et de confiance » en décrypte les solutions.
- Avec les acteurs académiques : le passage de la connaissance empirique aux compétences stratégiques permet de valoriser les pratiques émergentes et de développer les compétences nécessaires à la conduire du changement systémique liée aux transitions. Le Récit « Qualifier et développer les compétences » en éclaire les chemins.
L’échéance de l’Agenda 2030 des Objectifs de Développement Durable (ODD) est une bonne temporalité pour articuler les trajectoires de performance, d’innovation et de confiance. Elle permet dans un cap et un cadre universels, défini démocratiquement par les 193 Nations Unies en 2015, de s’inscrire dans un pilotage au plus près des réalités, tenant compte des disparités.
Alors qu’attendons-nous ? « Ensemble, Créons de la valeur en Commun(s) » pour co-construire ensemble une trajectoire qui (re)donne confiance en l’Avenir !
[1] Clarification sémantique : MEDOC est l’anagramme de Méthodes, Exemples, Données, Outils et Compétences. Ce sont des traitements de chocs pour nos défis en Commun(s). Les MEDOC éprouvés par la pratique des pionniers permettent aujourd’hui de lutter efficacement contre nos fragilités collectives. Ils sont issus d’un processus de recherche empirique développé par Le RAMEAU fortement inspiré du chemin du médicament.
[2] 70 M€ sur les projets à impact, 15 M€ d’ingénierie, 8 M€ de recherche, 5 M€ de capitalisation et 4 M€ d’investissements