Vous avez dit « Pratique(s) » ?

En ce mois qui valorise les articulations entre « Théorie(s) » et « Pratique(s) », pourquoi le prochain webinaire du cycle « Vers de nouveaux équilibres socio-économiques » illustre à lui seul tout le cheminement du RAMEAU sur la diversité des pratiques du « faire alliance » ? Sans doute parce que le choix de la mobilité comme « domaine applicatif » et de Wimoov comme « témoin » est tout… sauf un hasard !

Hier, nous avons étayé les raisons pour lesquelles l’interview d’aujourd’hui d’Anne-Valérie CRESPO incarne la vertu de l’engagement du monde académique pour mettre en « Théorie(s) » les pratiques (cf. article « Vous avez dit « Théorie(s) ? »). Voyons aujourd’hui comme la dimension « Pratique(s) » se construit progressivement pour devenir source de modèles théoriques utiles à tous les acteurs de terrain comme points de repères à leurs actions.

Dès 2010, le domaine de la mobilité est placé au cœur des exemples inspirants de la valeur de nouvelles alliances. L’étude « Panorama en France de la mobilité pour les publics les plus fragiles », réalisée en partenariat avec Renault, éclairera sur les enjeux d’inventer en alliance des solutions qu’aucun seul ne peut trouver. C’est à cette époque que la rencontre avec Wimoov incite Le RAMEAU à faire de la mobilité l’un des angles privilégiés de sa recherche empirique.

Dès 2015, Wimoov a été l’un des « grands témoins » du mouvement de co-construction du bien commun (voir en replay le témoignage de sa Directrice générale lors du colloque « Alliances & Innovations » au CESE de 2015). Son cheminement inspirant a ensuite été (Re)Connu pour son audace en 2018 lorsque Florence GILBERT a été identifiée comme une « éclaireuse 2030 » par la Fondation pour la Co-construction du bien commun (cf. Récit « Florence GILBERT, la mobilité pour tous ! »). Plus encore, il a été pleinement reconnu par les institutions lorsque la Loi d’Orientation des Mobilités (LOM) en 2019 a mis en valeur la mobilité inclusive, et a invité les Collectivités territoriales à en inventer localement les solutions adaptées. L’exemple du partenariat avec France Travail montre combien cette co-construction « public-privé » peut être créatrice de valeur et de frugalité, mais aussi d’une territorialisation pertinente des transitions (Cf. article « L’Esprit des Lieux »). C’est dans ce sens qu’en avril 2022, un premier webinaire « Cap 2030 vers l’ODD 11, les nouveaux modèles de la mobilité au plus près des besoins des territoires ! » a illustré la capacité des nouvelles alliances à contribuer à de nouveaux équilibres socio-économiques au plus près des fragilités, des besoins et des envies d’engagement locaux (voir  la synthèse et le replay).

Dans le prolongement de cette dynamique, le prochain webinaire du 21 mars ira plus loin en abordant les enjeux spécifiques de la mobilité des seniors. Après avoir éclairé celle des jeunes, puis des publics économiquement fragiles et des personnes en situation de handicap, ce nouveau défi qu’a ouvert Wimoov est plus complexe encore. Sur son impulsion, le Cercle des partenaires engagés s’y attelle depuis mai 2022. Le webinaire sera l’occasion d’en livrer les premiers enseignements sur la valeur du « faire ensemble » entre profils d’acteurs socio-économiques différents … au moment où une série d’expérimentations territoriales va être lancée pour incarner la diversité des solutions possibles en fonction du « premier kilomètre des besoins ».

Pourquoi cet exemple inspirant est représentatif du cheminement en « Pratique(s) » du RAMEAU ?

Pour le comprendre, il suffit de prendre connaissance du guide « l’investissement sociétal en Actions ».  Réalisé en partenariat avec AG2R LA MONDIALE après une décennie de chemin en « Commun(s) » pour co-construire leur Fonds d’innovation, il retrace plus largement les enseignements des travaux de recherche empirique du RAMEAU sur le processus d’innovation qui allie innovation sociale et innovation territoriale. Trois ans après le référentiel « modèle d’investisseur sociétal », lancé au CESE en juin 2015 sous la présidence de Jean-Paul DELEVOYE, le guide en décline un mode opératoire pour permettre à chacun de bénéficier du savoir-faire acquis durant les expérimentations menées avec les « investisseurs sociétaux » pionniers.

Dans ce cadre, la démarche de qualification de la « triple innovation » est modélisée comme un « pivot » pour permettre de rendre compte de la valeur de l’invention. Pour être écosystémique, l’invention doit répondre à une triple innovation : dans la solution (proposition de valeur), dans le fonctionnement (chaîne de valeur) et dans le modèle socio-économique (équilibre et durabilité de l’action engagée).

Pour bien comprendre l’utilité de ce travail, il est pertinent d’illustrer chacune de ces innovations par un exemple inspirant. Illustrons donc la proposition de valeur avec la recherche-action menée avec l’AFM-Téléthon, la chaîne de valeur avec celle conduite avec Wimoov et l’hybridation socio-économique avec la réflexion stratégique de la Croix Rouge Française en 2009 puis en 2020.

Pour comprendre la « radicalité » de la proposition de valeur dont il est question, l’illustration du chemin du médicament et de ses exigences avec l’AFM-Téléthon a été déterminante. L’émergence des biothérapies génétiques et cellulaires en est une illustration flagrante. C’est de la « médecine de demain » dont il est question. Il ne s’agit donc pas simplement d’un simple ajustement à la marge du produit et/ou du service, mais bien de changer de paradigme. Cela exige de (re)penser tout le modèle. Ainsi, la recherche-action avec l’AFM-Téléthon a incontestablement permis de modéliser le processus d’innovation sociétale, en comparaison avec celui du médicament et de l’efficacité thérapeutique nécessaire pour obtenir une AMM – Autorisation de Mise sur le Marché (voir article « Ensemble inventons notre avenir » réalisé lors de l’interview de Laurence TIENNOT-HERMENT, Présidente de l’AFM-Téléthon en octobre dernier). Le processus de caractérisation du chemin d’une innovation sociétale ainsi défini, synthétisé en page 119 du guide, a de nombreuses fois été commenté par Le RAMEAU.

De même, pour comprendre en aval de la chaîne de valeur les impacts sur les modèles socio-économiques des acteurs impliqués, il a été nécessaire de les analyser à partir de la réalité de terrain d’un acteur pluriactivité dont le rôle d’intérêt général était clairement identifié dans son positionnement en complémentarité de l’action publique. Qui aurait pu être mieux adapté  que la Croix-Rouge française, au statut juridique spécifique « d’Auxiliaire des Pouvoirs Publics » par la Convention de Genève ? Les demandes respectives des Directeurs Généraux de cette Institution en 2009 puis en février 2020, juste avant la crise sanitaire, ont été en ce sens un privilège pour un laboratoire de recherche empirique dont Le RAMEAU a pleinement conscience. Tout comme pour l’AFM-Téléthon, avoir la confiance de la Gouvernance pour « entrer dans les spécificités du modèle de l’intérieur » est une force de modélisation sans équivalent… mais aussi une lourde responsabilité au regard de la sensibilité des informations. Les recherche-actions avec la Croix-Rouge française en 2009 et 2020 ont permis de qualifier la diversité des modèles socio-économiques d’intérêt général. Avec les travaux complémentaire du Fonds ODD 17, il a alors été possible de modéliser la « prime à l’alliance ». Cette dernière a notamment été partagée dans le cahier de recherche « ODD 17 : Economie(s) & Territoire(s) », publié en décembre dernier avec l’Institut pour la Recherche de la Caisse des Dépôts, et détaillée dans le rapport intermédiaire « Vers de nouveaux équilibres socio-économiques », publié en janvier.

Comme l’indique le schéma ci-dessus, la modélisation systémique de l’économie de l’alliance place au cœur du dispositif non seulement la chaine de valeur, mais aussi l’infrastructure d’intérêt général et les ingénieries nécessaires aux différents stades du processus d’innovation sociétale.

Cette articulation écosystémique a été parfaitement illustrée par le cheminement avec Wimoov depuis 2010. La démarche apprenante a permis progressivement d’éclairer la place respective des 10 acteurs de l’écosystème, et plus particulièrement de réfléchir à leurs articulations entre eux. Rares sont en effet les recherches-actions qui ont autant mis en valeur la diversité des profils. C’est la raison pour laquelle la Fondation GRDF et Le RAMEAU ont proposé à Wimoov d’être associé à la nouvelle étape de développement du Fonds ODD 17.

Panorama de l’écosystème des acteurs

Pour en savoir plus sur les « Pratique(s) » qui nous inspirent, ne manquez pas le webinaire du 21 mars « Cap 2030 vers l’ODD 11, la mobilité pour tous ! », et inscrivez-vous dès aujourd’hui (lien d’inscription).