Après deux décennies de recherche empirique, Le RAMEAU vient de traverser les deux mois les plus difficiles de son histoire. Le laboratoire de recherche empirique se relève de sa situation pour répondre aux enjeux d’intérêt général, non sans de lourds sacrifices sociaux puisque l’association va devenir 100% bénévole d’ici la fin de l’année.
Malgré un modèle socio-économique robuste (1 à 3% de résultats annuels par an, sans jamais aucun déficit ni découvert bancaire) et la finalisation d’un investissement d’intérêt général conséquent (11,1 M€ entre 2014 et 2024 pour mettre l’intégralité de des résultats de la recherche empirique en accès libre), l’atypicité et l’innovation du modèle du RAMEAU n’ont pas convaincu les opérateurs financiers, au premier rang desquels celui spécialisé dans l’ESS. Ce dernier a refusé le montage financier de prêt pour permettre de déployer les solutions innovantes que Le RAMEAU déploie auprès de 81 territoires depuis l’an dernier dans le cadre du programme « Réussir ensemble la territorialisation des transitions ».
Résultat : le laboratoire de recherche doit procéder au licenciement économique de toute son équipe salariée, et agira de manière 100% bénévole dès le quatrième trimestre prochain. Comme beaucoup d’autres acteurs d’intérêt général, Le RAMEAU est aujourd’hui victime d’une incapacité des acteurs nationaux à appréhender les enjeux de pérennisation des modèles innovants d’intérêt général qui contribuent concrètement à accélérer les transitions au cœur des Territoires, au plus près du « 1er kilomètre » des besoins, des ressources et des envies d’engagement.
Si ce n’est pas la fin de l’histoire, une page se tourne pour Le RAMEAU, sa gouvernance et son équipe. Il est utile d’en retracer les défis et de la mettre en perspective de la trajectoire 2024-2026 de l’action engagée au service de la territorialisation des transitions.
La démonstration de la valeur des alliances d’intérêt général
Comment comprendre qu’après deux décennies de recherche empirique, Le RAMEAU soit confronté à une telle situation ? Est-ce parce qu’il n’aurait pas fait la « preuve de concept » de sa valeur ? L’étude d’impact réalisée entre 2018 et 2022 a étayé les enjeux d’un pilotage – à titre gracieux – de la mission ministérielle sur les alliances stratégiques dont les 21 mesures co-construites avec une centaine de réseaux ont toutes été mises en œuvre entre 2020 et 2024. Comment expliquer que nous en soyons arrivés là alors que le modèle socio-économique du RAMEAU a lui aussi fait ses preuves depuis 19 ans ?
L’équipe et la gouvernance du RAMEAU ne sauraient l’expliquer en dehors d’un constat d’une incapacité structurelle à analyser et valoriser les modèles d’intérêt général, et plus encore face à une irresponsabilité des acteurs financiers. L’incompétence managériale face aux nouveaux modèles se double bien trop souvent d’une inconsistance politique à prendre les risques liés à toutes démarches d’innovation (cf. article « Les banques sont-elles irresponsables ? »). Derrière les « grands discours », il y a un vide sidéral dans les actes…
Mais, est-ce que Le RAMEAU n’exagère pas la situation ? Chacun pourra se faire sa propre opinion à partir du retour d’expérience du laboratoire de recherche empirique :
- Les savoirs et savoir-faire issus de la recherche empirique viennent d’être partagés au travers de la plateforme « Piloter l’innovation sociétale : valoriser et développer ses compétences». De novembre dernier à mai, au rythme d’un module par mois, les sept principaux savoir-faire du RAMEAU ont été mis à disposition de tous. Une diversité de formats pédagogiques permet d’y accéder (… de modules de sensibilisation des gouvernances à des syllabus de contenus académiques permettant de l’enseigner dans les établissements d’enseignement supérieur). Pour s’approprier ces méthodes, la démarche « Impacts & Trajectoires » permet de les appliquer dans des trajectoires de performance, d’innovation et/ou de confiance en fonction de la situation de chacun. Le mode opératoire vient d’en être partagé ( « Jeudi de l’ODD 17 » du 28 mai).
- L’inventaire des résultats de recherche a été réalisé afin de rendre lisible, visible et accessible à tous la diversité des MEDOC – Méthodes, Exemples, Données, Outils & Compétences – issus des recherches empiriques ( article « Le RAMEAU : inventaire de 20 ans de recherche» du 27 mai).
- Le Récit de deux décennies de co-construction a été publié pour expliciter le chemin collectif qui a permis d’arriver à ces résultats ( article « Le RAMEAU : des racines et des ailes» du 23 mai).
Naturellement, le savoir et les savoir-faire ne sont utiles à l’intérêt général que dans la mesure où ils sont mis à disposition de tous. Qu’en est-il ?
Une stratégie de déploiement claire et largement éprouvée
Lancé en 2024, le programme « Réussir ensemble la territorialisation des transitions » est un nouveau démonstrateur de la valeur des Projets de territoire qui incarnent en pratiques le 17ème Objectif de Développement Durable (ODD). 81 Territoires en sont bénéficiaires. Sur la base de la Charte d’engagement réciproque du faire alliance, signée avec les représentants de l’Etat et des Territoires, la méthode et les outils d’accompagnement viennent d’être partagés avec le kit pratique « Réussir ensemble les transitions ». Ce programme est financé grâce à des solutions innovantes expérimentées par le Fonds ODD 17.
L’accompagnement réalisé répond à l’analyse des besoins réalisés auprès des territoires. Un « dialogue de gouvernance » a été engagé avec chacun d’eux. Il a permis d’établir quatre niveaux de maturité aux besoins très différents. Cette analyse sera publiée le 1er juillet prochain à l’occasion de la 11ème Rencontre des pionniers des alliances en territoire. Pour répondre concrètement aux besoins des 81 Territoires, 851 K€ ont été investis dès l’an dernier au travers de moyens répondant à chacun des 4 niveaux de maturité.
Au cœur des enjeux se trouve la capacité à valoriser et à développer les compétences en émergence. Les transitions demandent des aptitudes qui s’apprennent sur le terrain. Les valoriser est stratégique. Une grille de qualification des pratiques permet de s’auto-évaluer. C’est aussi le sens des parcours expérientiels qui mettent en lumière les savoir-faire qui ne sont pas nécessairement conscientisés par ceux qui les pratiquent au quotidien.
Après les parcours « Hybrider son modèle socio-économique » et « Innover en Territoire », le parcours expérientiel « Coopérer efficacement » est suivi par une cinquantaine de personnes aux profils et aux situations professionnelles très différentes. En partenariat avec le Fonds i, l’ORSE et le Réseau des catalyseurs territoriaux, ce parcours se terminera le 3 juillet prochain au travers d’un Atelier de partage des pratiques. S’il est aussi riche d’enseignements que les deux précédents, la démarche prouvera une nouvelle fois la valeur ajoutée de ce format pédagogique innovant, co-construit avec des professeurs de Sciences Po Paris et d’AgroParisTech Clermont-Ferrand.
En 2025, nous fêtons les 15 ans de la méthode « Agir ensemble en Territoire », et les 10 ans de la méthode « Investisseur sociétal ». Pour déployer largement les solutions testées et éprouvées, Le RAMEAU a défini une stratégie 90/10/1 de transfert de savoir-faire autour de trois niveaux d’appropriation :
- Pour répondre à 90% des besoins, prioritairement sur la performance des organisations publiques & privés : la stratégie « Numérique & Territoires » associe la force des solutions numériques avec l’ingénierie de proximité ( note stratégique « Numérique & Territoires : une alliance en émergence »).
- Pour répondre à 10% des besoins des projets les plus complexes, prioritairement sur l’innovation : la stratégie de partenariat avec une douzaine de réseaux de référence permet de répondre aux projets à fort impact dans les périodes les plus critiques, notamment autour de leur modélisation socio-économique et de leur déploiement territorial ( note stratégique « Décrypter une valeur écosystémique »).
- Pour répondre à 1% des besoins de prospective pour (re)donner confiance dans notre avenir en « Commun(s) : la stratégie est de défricher de nouveaux modèles en impliquant les « pionniers ». Les programmes « Impact & Trajectoires socio-économiques », « Réussir ensemble la territorialisation des transitions » et « Jeunes & Territoires 20250 » éclairent les chemins prospectifs. Ils sont conduits dans une temporalité adaptée de 7 ans de R&D, et de 3 ans de prototypage. La démarche prospective « intérêt général 2050 » permet d’en suivre les avancées ( rapport de suivi annuel 2025 à paraitre dans les prochains jours).
Au regard de ces résultats, n’est-il pas utile de poursuivre le chemin d’une recherche empirique certes atypique mais qui a prouvé non seulement son efficacité mais aussi son efficience ?
Trajectoire 2024-2026
La fragilité du laboratoire de recherche empirique illustre parfaitement l’urgence de tenir compte de l’Avis du CESE sur le nécessaire (ré)investissement dans le secteur associatif d’intérêt général. Il a été voté à l’unanimité le 28 mai 2024, et nous venons de fêter son 1er anniversaire en constatant l’indifférence avec laquelle les acteurs du financement et les opérateurs ont entendu cet appel. Elle prouve que les pays du Sud ont bien eu raison d’imposer aux pays du Nord en 2015 l’ajout in extremis d’un 17ème Objectif de Développement Durable (ODD). « Fourre-tout institutionnel » pour les uns, « Nouvelle philosophie de l’Action publique » pour les autres; une chose est certaine une décennie plus tard : nous devons (ré)inventer un modèle de gestion de l’intérêt général qui soit cohérent avec les enjeux actuels. Publié en novembre 2015, le rapport « Intérêt général : nouveaux enjeux, nouvelles alliances, nouvelle gouvernance » ne s’était donc trompé ni de diagnostic, ni de stratégie pour Agir ensemble …
Contre vents et marées, avec de petites victoires et de flagrants échecs inhérents à toute démarche de recherche et d’innovation, Le RAMEAU prépare le 10ème anniversaire de l’Agenda 2030. Ce sera l’occasion de publier son 6ème référentiel des résultats de sa recherche empirique sur les nouveaux modèles. Il explore l’articulation des différents profils d’acteurs, des enjeux d’en comprendre la complémentarité à l’évaluation d’impact de la diversité des pratiques.
Le référentiel « VIT-E : Valeurs, Impacts & Trajectoires – Ensemble » décryptera les nouvelles méthodes qui permettent de définir des trajectoires de performance, d’innovation et de confiance cohérentes avec nos défis en commun. Il sera publié le 25 septembre prochain lors du 5ème séminaire de recherche sur la co-construction du bien commun coorganisé avec l’Institut pour la Recherche de la Caisse des Dépôts. Le soir même, une soirée au Conseil économique, social et environnemental en rendra compte en valorisant le rôle des acteurs académiques dans la création de valeur en « Commun(s) ».
Le Conseil d’administration du RAMEAU du 27 mai, en actant le licenciement économique de l’ensemble de son équipe salariée, a aussi validé la trajectoire 2024-2026.
L’incompréhension des opérateurs financiers, et leur incapacité à comprendre les modèles socio-économiques innovants ne doivent pas entraver la recherche d’intérêt général. L’équipe, la gouvernance et le président-fondateur du RAMEAU s’y sont résolument engagés. Plus que jamais, ils font le « Pari de la confiance » et sont convaincus que la force des alliances d’intérêt général finira par gagner face à l’inconsistance « hors sol » des modèles qui n’existent déjà plus sauf dans l’arrogance de ceux qui veulent se maintenir à tout prix au détriment des solutions innovantes qui émergent.
Comment Agir ensemble dès aujourd’hui ?
Plus que jamais il est stratégique d’éclairer et de valoriser les chemins respectifs des organisations « pionnières » publiques & privées, des institutions et des acteurs académiques. Afin d’y contribuer, Le RAMEAU vient de formaliser les Récits des avancées réalisés AVEC chacun de ces trois écosystèmes. Ces Récits retracent la valeur ajoutée et la frugalité de démarches empiriques qui ont associés des acteurs riches de leurs différences. Gageons que la fragilité et le témoignage de notre laboratoire de recherche empirique ne seront ainsi pas inutiles pour rappeler l’urgence d’Agir ensemble au service de l’intérêt général.
Haut les cœurs ! Bon courage à chacune et chacun dans une période difficile pour l’intérêt général où plus que jamais il est attaqué, et où plus que jamais les alliances peuvent être une réponse pertinente pour accélérer… la « fin des arrogances[1] » !
[1]Livre collectif « Bien commun : vers la fin des arrogance ! » (Edition Dalloz, décembre 2016)